Compte rendu de la conférence de presse d’Olivier Sadran ce Lundi au Stadium !

Olivier Sadran ou le regret du virage raté de 2015

Très suivie, la conférence de presse tenue par Olivier Sadran le 6 janvier 2020 a fait l’objet de nombreux comptes-rendus, qui, pour la plupart, insistent sur les problématiques du moment : confiance donnée à Denis Zanko jusqu’à la fin de la saison, maintien du staff, événements en tribune du 14 décembre, éventualité de l’entrée d’un nouvel actionnaire… Avec le recul, certaines phrases prononcées par le président du TFC revêtent un intérêt peut-être encore plus important. Que se propose de décrypter un autre Olivier, Corbobesse, présent pour le compte de Webtoulousain à la conférence présidentielle…

Alors qu’Olivier Sadran ne s’était plus exprimé en conférence de presse depuis juin 2018, sa prise de parole permettait surtout de recueillir sa vision dans le temps long. À deux reprises, il a exprimé le regret, passé presque inaperçu, d’avoir cédé à « une volonté il y a 4-5 ans de se tourner plus vers le jeu, qui était une demande assez forte du public. Avec le recul, est-ce que promouvoir le jeu et essayer de trouver des joueurs qui correspondent à cela, pour un club qui reste dans un budget très moyen, est la solution ? »

Olivier Sadran distingue en fait le public au sens large des supporteurs. La différence s’avère de taille : le grand public souhaite voir du jeu, « des stars », alors que les supporteurs, eux, veulent des joueurs qui s’investissent pleinement. Ils sont « attachés à l’effort, à l’amour du maillot et au combat, peut-être même plus qu’au jeu pur ». En 2015, la direction cède clairement au grand public. « On s’est complètement planté » conclut Olivier Sadran.

Une lecture statistique du classement final des Violets sur les dix dernières saisons lui donne raison sur ce point. Le TFC termine régulièrement en zone dangereuse depuis 2015, alors que les cinq saisons précédentes s’étaient révélées bien plus tranquilles : 14ème en 2010, 8ème en 2011 et 2012, 10ème en 2013, 9ème en 2014. Assumé, le tournant de 2015 est également marqué par une mesure qui a pu vexer des supporteurs historiques : le club met fin à la réduction de 10% accordée pourtant à vie aux abonnés de la saison 2001-2002 passée en National.

Là est certainement la principale remise en cause qu’OIivier Sadran livre lors de la conférence : en ayant tourné le dos à son coeur de cible historique, le club a fait fausse route. « Il est difficile aujourd’hui d’avoir le public au sens large », en citant des cas de clubs comme Montpellier et Nice qui, malgré leurs performances, n’ont jamais réussi à véritablement remplir leur stade. D’où un appel du pied répété : « On a vraiment besoin de nos supporteurs », « ce public là, il faut qu’on arrive à le reconquérir ». Car si la volatilité du grand public fait qu’il n’est plus là, il existe bien à Toulouse un noyau dur de supporteurs bien plus important qu’on ne le croit. Lors du dernier match contre Reims, malgré un contexte hivernal de crise, on compte quand même 12 577 spectateurs.

Le positionnement dans le ventre mou du championnat tel que vécu entre 2009 et 2014 correspond sans doute parfaitement à la volonté du président Sadran : aucun souci de maintien, paix avec les supporteurs, possibilité de déléguer fortement, stabilité de l’encadrement… Alain Casanova apparaît alors comme l’entraîneur idoine.

Olivier Sadran a déjà commencé à renoncer à son tournant de 2015. En ayant cela à l’esprit, tout s’éclaire. On comprend mieux le retour d’Alain Casanova en 2018. Garder Denis Zanko jusqu’à la fin de la saison se lit aussi comme une évidence : nul besoin de faire miroiter un énième nom d’entraîneur avec une promesse de jeu hypothétique et inappropriée à la situation.

Ce projet bien sûr ne fait pas rêver, mais il n’est finalement pas si éloigné des aspirations légitimes des supporteurs, qui comprennent bien que leur Téfécé ne peut pas devenir un grand club, en tout cas pas à court et moyen terme. Ils sont probablement tout à fait prêts à vivre des saisons dans le ventre mou… tant qu’ils n’y sont pas abonnés. Ils peuvent même accepter des périodes difficiles en zone rouge, à condition que cela ne soit que ponctuel et qu’ils vivent des scénarios à l’angevine. Les supporteurs souhaitent simplement connaître par moments des émotions telles qu’un parcours en Coupe d’Europe, une épopée en Coupe de France, la fierté d’avoir un joueur sélectionné chez les Bleus… On pourrait même y ajouter des éléments plus structurels, comme la pleine exploitation du potentiel du centre de formation ou la repriorisation de la section féminine, qui était la meilleure de France il y a vingt ans.

Finalement, le regret exprimé par Olivier Sadran, et les conséquences qu’il est censé engendrer, constitue peut-être la meilleure nouvelle de sa conférence de presse.

 

Olivier Corbobesse est supporteur du TFC, éducateur diplômé de football et auteur de plusieurs ouvrages sur les liens entre football et culture, dont Culture Générale Football Club, 170 questions-réponses pour mieux comprendre le monde grâce au foot, Histoire du football à Saint-Pierre et Miquelon, un autre regard sur l’archipel et Le Football au féminin en 60 questions.

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